Rachel, c'était ma belle gitane aux yeux de biche verts émeraude. Une longue chevelure noire bouclée et des cils élancés qui vont chercher les cieux. Elle avait le teint pâle et des tâches de rousseur rehaussant ses pommettes. C'était la fille d'un gitan breton et d'une mère sicilienne. Une famille juive, pratiquante. Avec tout cela, je n'avais pas le droit à l'erreur.
Rachel, c'était une rebelle. Fallait pas l'emmerder, au risque de voir son poing vous arriver comme une comète en pleine figure. Une faiblesse: sa timidité. D'une peau blanche, elle virait au rouge en une fraction de seconde. Il fallait juste savoir quoi lui dire. J'avais trouvé les mots.
Rachel, c'était aussi la fierté. Celle qui n'avouera jamais mais qui n'en pense pas moins. Je me souviens ses jeans troués et son blouson en cuir, sa nonchalance naturelle qui n'ôtait rien de sa féminité.
Rachel, c'était une bosseuse: ouvrière d'usine. Il ne fallait pas que je la vois au dehors. Fallait m'épargner sa longue robe rouge fendue sur des jambes sublimes.
Rachel, c'était celle qui refusait toujours de passer boire le café à la maison.
Rachel elle avait peur mais elle était curieuse, un brin jalouse aussi.
Rachel était petite et mince mais elle mangeait pour trois et elle cuisinait bien.
Rachel partait en pèlerinage à Saintes-Marie-de-la-Mer chaque année au mois de mai.
Rachel aimait les traditions. Elle était protectrice, bienveillante. Elle ne voulait pas que je parte.
Rachel, c'était la femme d'un homme qui avait le meilleur métier du monde. Il était routier. Il n'était jamais là.

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